Souvenirs : Une journée de paysan

Dans les années d’après-guerre 39-45, les Abadiens étaient presque tous agriculteurs. Originaires de la colline, ils exploitaient en famille de petites parcelles, en restanques, sur lesquelles ils cultivaient des légumes, des céréales, des vignes, des arbres fruitiers et des nombreux oliviers.
C’était une agriculture d’autosubsistance, destinée avant tout à nourrir leur famille. Nos paysans produisaient tous les aliments nécessaires, à l’exception du sel et du pain.

N.B. : Entre les deux guerres, une partie des habitants cuisait encore son pain dans leur four, ou dans le four banal existant dans presque tous les hameaux abadiens.

Le vin issu de leur plantier de vignes, le lait, produit par leurs vaches (On dénombrait 90 vaches à l’Abadie en 1946.) ou chèvres, l’huile fournie en abondance par leurs oliviers, les œufs pondus journellement par leurs poules, la farine provenant de leur champ de blé : mis à part la viande et le poisson il ne manquait rien à leur alimentation quotidienne.

Mais cela exigeait beaucoup de labeur : les journées de travail étaient longues et pénibles physiquement, car toutes les tâches étaient effectuées manuellement, sans aide mécanique.

Emploi du temps type :

    • Lever à 5h
    • Toilette sommaire (à l’eau froide)
    • Petit-déjeuner : café au lait, tartines de pain rassis
    • Traite de la vache ou des chèvres, nettoyage de l’étable
    • Nourriture des animaux : lapins, poules, cheval, mulet, âne…
    • 7h : départ vers le jardin potager (« l’ouarte » en niçois)
    • Selon les saisons, labourage, plantation des légumes, engraissage, etc.
    • Vers 8h30 : pause casse-croûte (la « merenda ») à base de pain et de tomate ou charcuterie
    • Jusqu’à midi : poursuite des travaux
    • Midi : repas en famille
    • 13h : sieste
    • 15h : retour à l’ouarte – récolte des fruits et légumes, arrosage, etc.
    • 19h30-20h : fin des travaux des champs, traite des vaches ou chèvres, abreuvage et nourriture
    • 20h : Repas du soir, suivi d’un petit moment détente : « blaguette » avec les voisins, écoute de la radio (pas de télé à cette époque) ou lecture du journal
    • 22h : coucher

Ce programme scandait la vie des Abadiens, du lundi au samedi inclus – seul le dimanche était un peu allégé : le jour du Seigneur, les activités se limitaient en général au soin des animaux, à l’arrosage des légumes et parfois à la récolte des fruits et légumes destinés à la vente.

En effet le surplus de la production, une fois la famille nourrie, était porté à Nice, au marché de détail ou à des épiciers. Le transport s’effectuait soit en charrette, soit en autocar.

À noter que les possesseurs d’une vache apportaient chaque jour leur surplus de lait à l’un ou l’autre des deux laitiers du village, situés tous deux au hameau de l’Église.

Le gain de ces ventes, très modeste, permettait à nos agriculteurs de couvrir leurs autres dépenses : viande, poisson, pain, vêtements, faux-frais, cotisations sociales, outillage, semences…

Mais le niveau de vie moyen était très bas : pas de vacances ni voyages, pas de sorties ou de restos (sauf pour les fêtes patronales), pas de voiture ni d’appareils électroménagers, peu ou pas de jouets pour les enfants.
Ces derniers étaient d’ailleurs associés aux travaux agricoles dès leur plus jeune âge, sans aucune rétribution ni argent de poche.

C’était donc une vie dure, rustique, simple mais dont la gaîté n’était cependant pas absente ; il n’était pas rare d’entendre chanter ou siffler dans les restanques.

Bien que travaillant plus de 70 heures par semaine, nos ancêtres conservaient leur bonne humeur.

Question : Pourquoi aujourd’hui, au temps des 35h et du grand confort, le rire a-t-il presque disparu de nos vies ? À méditer.

Denis SARETTA
Président du SIVOM de l’Abadie

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