Souvenirs : “L’information à l’abadie”

Nous poursuivons notre chronique sur la vie des Abadiens dans les années 1950.

De tout temps l’information a été l’un des besoins essentiels de l’être humain. Aujourd’hui nous sommes en permanence inondés d’informations de toutes sortes, du fait notamment du développement des technologies numériques. Qu’en était-il dans les années d’après-guerre? Comment les Abadiens s’informaient-ils ?

Des moyens d’informations moins sophistiqués

À cette époque dans les maisons de nos ancêtres, on ne trouvait ni téléviseur, ni téléphone et bien entendu ni Internet ni réseaux sociaux.

Matériellement, les Abadiens disposaient essentiellement de deux moyens pour se tenir au courant :

  • le journal : en ce temps-là il existait 3 quotidiens dans la région niçoise : Nice-Matin, son édition du soir l’Espoir, et le Patriote. Les Abadiens lisaient plutôt Nice-Matin, auquel certains étaient abonnés et livrés chaque jour par le facteur. Les magazines et hebdomadaires étaient très peu lus, à l’exception peut-être du Chasseur Français.
  • la radio, qu’on appelait aussi la “T.S.F” (Télégraphie Sans Fil) ; la plupart des foyers avaient un poste, que l’on écoutait en général le soir, après la journée de travail d’agriculteur. Il y avait moins de stations que maintenant : Radio Monte Carlo et la radio nationale étaient les plus écoutées, à l’heure des “nouvelles”, à 19h ou 20h. Certaines émissions de la mi-journée étaient assez suivies : les jeux, “Quitte ou double” et “Je risque tout” présentés respectivement par Zappy Max et Marcel Fort, mais aussi des rubriques comme la fameuse “Tanta Vitourina” de Francis Gag sur RMC ou “Sur le banc” avec Jeanne Sourza et Raymond Souplex. Le soir des “feuilletons” radiophoniques attiraient certains auditeurs : “la famille Duraton”, “l’homme à la voiture rouge”, etc. On rappellera que les informations politiques étaient alors très encadrées et contrôlées par les gouvernements; les débats contradictoires n’existaient pas. Au plan technique une petite “révolution” s’est produite vers le milieu des années 50, avec l’arrivée des postes de radio à piles, les “transistors”, que l’on pouvait écouter hors de la maison. Je me souviens que mon grand-père emmenait son transistor dans les champs pour suivre les arrivées du Tour de France cycliste.

Des modes de communication plus traditionnels

Comme de tous temps, le bouche à oreille était le moyen le plus utilisé au quotidien. Les échanges entre les habitants étaient facilités par le mode d’habitat : dans leur grande majorité les Abadiens vivait dans des hameaux et se rencontraient tous les jours. Ils se croisaient aussi sur les chemins, en allant ou revenant des champs.

Ils se côtoyaient dans d’autres circonstances : à l’église pour la messe dominicale ou les obsèques, dans les bars (il y en avait deux : l’Auberge des Amis et chez les Bollie), dans le car qui les emmenait en ville, devant le fourgon de l’épicier et du boucher itinérants. Par contre la sortie de l’école communale n’était pas, comme aujourd’hui, très propice aux conversations entre parents d’élèves : en effet les enfants allaient en général tout seuls à l’école.

De quoi parlaient les Abadiens ? Principalement des petites choses de la vie : des rencontres faites dans la journée, de la qualité des récoltes de fruits et légumes, des ennuis personnels ou de ceux d’un voisin. La météo était un sujet important, car le climat conditionnait fortement le rendement des récoltes et donc le revenu de la famille.

La politique, à l’inverse, était peu évoquée; les Abadiens, habitués à une vie rustique, étaient peu exigeants envers la collectivité publique.

On soulignera l’importance de la transmission orale : de génération en génération on se communiquait des informations, fruits de l’expérience et des observations accumulées au fil du temps : techniques agricoles, recettes de cuisine, “coins” à champignons, etc.

On peut mesurer l’extraordinaire évolution qui s’est produite depuis une soixantaine d’années : jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’accès à l’information n’a été aussi aisé que maintenant. Il nous appartient d’en faire le meilleur usage.

“La liberté commence où finit l’ignorance ” Victor Hugo

Denis Saretta

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