Souvenirs : ” l’eau des Abadiens “

Nous poursuivons notre chronique des années 1950 à l’Abadie. La présente rubrique évoque la thématique de l’eau.

Avec la terre, le bien le plus précieux de nos ancêtres agriculteurs était l’eau. La pluviométrie de notre région était insuffisante ou trop irrégulière pour assurer l’arrosage des cultures. Dès lors les Abadiens, en ces temps-là, dépendaient essentiellement des eaux provenant  du sol et du sous-sol.

Fort heureusement notre colline est plutôt bien pourvue dans ce domaine : des sources existent dans presque tous nos quartiers, même les plus hauts, tels le saut de Millo ou Bordinas. Au fil des siècles, nos ancêtres ont repéré et aménagé ces sources, tantôt en creusant des galeries, tantôt en créant des bassins réservoirs d’eau.

Parfois la même source servait à plusieurs agriculteurs : chacun avait droit à utiliser l’eau certains jours de la semaine.

L’amenée d’eau aux restanques cultivées se faisait par gravitation et dans des rigoles creusées au pied des talus ou des murs de soutènement des terres. Dans ces rigoles poussaient parfois diverses variétés de salade verte, composant des mescluns délicieux.

Mais les sources ne permettaient pas d’alimenter les agriculteurs et résidents de manière régulière, en particulier en été en période de sécheresse. C’est pourquoi dans les années 1930 les Abadiens créèrent une association syndicale autorisée afin de réaliser un réseau d’irrigation, avec de l’eau provenant des bassins de Rimiez, par gravitation, et pompée, dans le bâtiment devenu aujourd’hui la salle Arthur Anghilante, jusqu’à un grand bassin couvert, situé route des Clemensans.

 

Ce réseau ne desservait pas les hauts de l’Abadie, mais il a permis à de nombreux habitants, pendant un demi-siècle, d’arroser leurs cultures, d’abreuver leurs animaux, et de disposer d’une eau, certes “à potabilité non garantie”, mais utilisable pour une partie de leurs besoins domestiques.

Par contre il fallait toujours aller chercher l’eau de table à la source, midi et soir : du fait de leurs faibles revenus les Abadiens ne consommaient pas ou peu d’eau minérale.

Avant la réalisation du réseau syndical, nombre de familles avaient utilisé divers procédés :

  • creusement de puits (très rares sur la colline)
  • édification de citernes pour recueillir l’eau de pluie
  • canalisation de l’eau des sources, avec ou sans pompage. L’exemple le plus spectaculaire en l’espèce est celui de la propriété Gioan, au quartier de l’Église, qui est alimentée gravitairement par l’eau d’une source située au vallon du Saut de Millo, à 500 mètres de distance.

On rappellera que l’eau des fontaines publiques qui jalonnent la route de l’Abadie (RM 119) provenait également, jusqu’à l’arrivée de l’eau potable dans les années 1980, d’une source émergeant dans le même vallon. Ces fontaines communales avaient un double usage : elles fournissaient de l’eau buvable aux riverains et aux piétons mais aussi aux chevaux et mulets des agriculteurs et des laitiers qui descendaient vendre leur production à Nice sur leur charrette.

Dans les années 50 et 60, les hameaux des hauts de l’Abadie ne bénéficiaient toujours pas de l’adduction d’eau; il y a donc à peine un demi-siècle, les habitants étaient encore contraints, chaque jour, de transporter à pied, depuis leur source située parfois à plusieurs centaines de mètres, des dizaines de litres d’eau pour abreuver leurs animaux et pour la consommation du foyer.

Cette dernière était limitée au strict minimum : toilette corporelle à l’économie (pas de douche), idem pour l’entretien du logement, la vaisselle et la lessive.

Un souvenir personnel : au milieu des années 60, quelques habitants du Saut de Millo prirent l’initiative d’installer une canalisation aérienne pour pomper l’eau d’une source jusqu’au hameau et desservir ainsi quelques maisons; ce mini réseau ne fut utilisé que peu de temps car quelques années plus tard la municipalité de Cantaron réalisa l’adduction en eau potable de tous ses quartiers abadiens.

Ironie de l’histoire : ce sont les Abadiens Cantaronnais, jusqu’ici les plus mal desservis qui furent ainsi les premiers à bénéficier de l’eau potable à domicile dans notre village.

Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir le robinet pour avoir de l’eau à volonté. Ayons une pensée pour ces anciens qui, pendant des générations, ont dû parcourir des milliers de kilomètres et porter des tonnes de ce liquide indispensable à la vie.

D.S

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